Les 10 visages de la finance mondiale

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En 2012, face à la pression sondagière sur sa gauche, le candidat Hollande, sous la plume soporifique d’Aquilino Morelle, tentait de nous faire avaler que la finance était un ennemi sans visage ; qu’il œuvrait dans l’ombre, impossible à déloger. La crise viendrait donc d’un système désincarné, déshumanisé, sans responsables, dans lequel la fatalité règnerait en maitre sur la volonté des Hommes à ériger des lois et faire société. Pourtant, “l’ennemi” a bien des visages. Il a aussi des noms et des adresses. Alors puisqu’au royaume de la transparence les œillères sont reines, Le Blog Finance tente d’expliquer aux aveugles ce que voient les borgnes.

1. Antony Jenkins – Barclays

Casier. Propulsé en août 2012 à la direction du groupe Barclays par ses sulfureux prédecesseurs, Antony Jenkins sévissait déjà au sein de la filiale Barclaycard, chargée de refourguer du crédit revolving à la populace déshéritée. Manager zélé, il en a fait tripler les profits entre 2006 et 2011. Et même s’il n’est pas jugé comme une pourriture authentique par le milieu de la finance parce qu’il vient de la banque commerciale et non de la banque d’investissement – grosse nuance… – il a quand même un beau pedigree d’…oligarque.

Communication. Le 25 septembre 2012, devant un parterre d’huiles de la finance mondialisée, le type se félicitait que Barclays ait livré de « bonnes performances financières au premier semestre 2012 avec un bénéfice ajusté avant impôts en hausse de 13% à 4, 2 milliards de livres ».

Portefeuille. A titre personnel, il perçoit un salaire annuel de 1,26 million d’euros et aura droit à un bonus maximal de 3,3 millions d’euros, ainsi qu’à un plan d’intéressement long terme d’un maximum de 5,3 millions. Le groupe Barclays quant à lui n’avait payé en 2009 que 113 millions d’impôts pour 11 milliards de bénéfices…

2. David I. Fisher – Capital Group Companies Incorporated

Parcours. Basé à Los Angeles, David Isadore Fisher n’est pas de ces patrons qui vivent cachés. A la tête d’un très discret mais pourtant ô combien puissant fonds de gestion d’actifs, il y est arrivé comme analyste financier en 1969. C’est lui qui a ensuite conduit le développement de son entreprise à l’international. Il a alors pour dure besogne de chercher des marchés nouveaux et de créer des produits inédits pour augmenter les marges. Qu’importe les moyens. Un bon gars quoi !

Inculpations. Membre d’un comité consultatif sur le financement des retraites auprès du Fond monétaire international. Conseille également l’Autorité Monétaire de Singapour. Non content de travailler contre les peuples du monde entier au sein de ces institutions, le FMI notamment, il en veut également à ses concitoyens. En 2010, il a en effet contribué financièrement à la campagne de Mary Jo Kilroy, candidate démocrate au Congrès dans l’Ohio, et qui considère que l’État doit être géré comme un business, subir des coupes budgétaires drastiques et être manager comme une entreprise.

3. ​Edward Johnson III – Fidelity Investments

Trajectoire. A la tête de Fidelity Investments depuis que son père, feu Edward Johnson II, lui a confié les clés de la boutique familiale, le pépère est à la tête de 1 500 milliards d’actifs. Après avoir sans trop de mérite repris la boite du padré donc, il serait le premier à avoir fourguer des produits financiers low-cost aux banques, compagnies d’assurance, et particuliers en tout genre, faisant fortune sur la paranoïa et la frustration. Ce qui fait de lui un coupable idéal.

Plus gros casse. Cet escroc autorisé a très tôt soutenu et investi dans l’automatisation des ventes de courtage et des opérations financières. Le fric qui ne dort jamais, on le lui doit donc un peu.

Héritage. A 82 ans, le bonhomme s’apprête à passer le flambeau à sa fille, Abigail Johnson, disquettée à la Harvard Business School, haut-lieu de pèlerinage de la culture fric et Mecque du management libéral – qui a vu défiler sur ses bancs des types aussi intègres que Henry Paulson, Georges W. Bush ou Mitt Romney. 85e fortune du monde selon le classement Forbes 2012, la fille à papa dispose de 10,3 milliards de dollars d’argent de poche. Soit le PIB 2011 du Burkina Faso.

4. ​Henri de Castries – Axa

Alzheimer. Bah alors François, on oublie les copains ? Henri, Comte de Castries, était pourtant avec toi sur les bancs de l’Ena. La promotion Voltaire, t’as oublié ? Si tu t’étais rappeler au bon souvenir de cet ancien camarade, de classe, tu aurais pu paraître crédible au Bourget. La finance, elle là au moins un visage….

Sans visage. Car en effet, en la matière, il tâte le Riri. Plus de dix piges qu’il tapine pour Axa. Ne nous dit pas que t’étais pas au courant… Bon, nous on sait que tu savais, sinon on n’écrirait pas des trucs pareils. Mais pour ceux qu’ont cru en toi président… ça fait pas franchement « République irréprochable ».

Réminicence. Le 15 novembre dernier, dans une interview à L’Express, de Castries affirmait avoir des doutes sur le gouvernement quant à sa capacité à opérer des coupes budgétaires et redresser les finances. Ca vous situe le bonhomme…

5. ​François Pérol – Natixis

Spin doctor. La cible idéale pour un candidat socialiste à l’élection présidentielle… Haut-fonctionnaire, directeur adjoint du cabinet de Nicolas Sarkozy lors du passage de ce-dernier au Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en 2004, il rejoint ensuite la banque Rotschild & Co en tant que banquier d’affaire et associé-gérant. A l’arrivée de Sarkozy au Palais, Pérol est nommé secrétaire général adjoint de l’Elysée et fait défiler les patrons français sur/dans le bureau de Sarkozy.

Braquage. Profiteur de crise de facto, il a œuvré à la création de Natixis et en a pris la présidence du conseil d’administration en mars 2009 pour la modique somme de 550 000 euros par an – Laurent Mignon se chargeant de diriger l’exécutif. D’ailleurs à l’époque, certains de tes “camarades” du PS avaient alors parlé de “République partisane“. Fort de ses entrées à l’Elysée et de sa stature de sauveur (cf. Caisses d’Epargne feat. Banques populaires), François Pérol accède à la vice-présidence de la Fédération bancaire française le 1er septembre 2009 et prend la place du calife un an plus tard à la tête du cartel.

Dernier fait d’arme. En juin 2012, il se hisse à la présidence du Groupement européen des caisses d’épargne, élu par les membres de l’ESBG (European Savings Banks Group) pour la période 2012-2015. Après quoi, lui restera deux ans pour peut-être regoûter au faste de la monarchie républicaine.

6. ​Jamie Dimon – JP Morgan

Puceau. Classé parmi les 100 personnes les plus influentes du monde par le magazine Time en 2006, 2008, 2009 et 2011, James Dimon boss de la JP Morgan n’a encore jamais marner pour le gouvernement. Il a quand même bien copiné avec. Démocrate revendiqué, il fut pressenti pour intégrer l’administration Obama après la victoire du candidat démocrate en 2008. Il n’a finalement pas (encore ?) franchi le seuil des revolving doors – Obama lui préférant Timothy Geithner, passé par Kissinger Associates, l’administration Clinton, le FMI, le CFR et la Federal Reserve de New York, rien que ça ! – se contentant de recevoir les éloges du Président américain sur sa gestion de la JP Morgan. Trois ans plus tard il niait en bloc toute erreur malgré des pertes estimées à 3 milliards de dollars… jusqu’à ce qu’il reconnaisse piteusement ses torts.

Omission. Certes on ne demandait pas à François Hollande d’allumer un type pareil – un bon gros taquet à Alain Minc aurait suffit… – mais un petit tour ailleurs que sur Twitter aurait permis à sa Netscouade de constater que la Toile grouille d’infos sur ces infréquentables. La finance a donc des visages. Et, par extension, la crise, le chômage, la pauvreté, la précarité, la famine, etc. des responsables.

7. ​Lloyd Blankfein – Goldman Sachs

Million dollar baby. En voilà un qu’on connaît bien… Arrivé à la tête de Goldman Sachs en 2006, suite au départ d’Henry Paulson, parti gonfler les rangs de l’équipe de Georges W. Bush au Secrétariat au Trésor, il avait gagné cette année-là en bourse plus de 50 millions de dollars. Mais ça c’était le bon vieux temps. Celui où le bétail ne beuglait pas devant les salles de marchés. Quand ça pouvait spéculer tranquille, loin des regards et dans un silence complice. Aujourd’hui, le brave Lloyd doit faire la gueule. Avec ses 12 collègues de la direction de la Goldman, il n’a eu que 103 millions à partager, émargeant pour sa part à 13 millions de bonus pour 2012, malgré les 7,3 milliards qu’il a fait gagné à la banque d’investissement l’an passé. Salauds d’actionnaires ingrats.

Mécénat. En 2008, la Goldman avait été l’entreprise la plus généreuse avec le candidat Barack Obama, signant au total une contribution de plus d’un million de dollars.

Impunité. Apôtre de l’économie-casino, Blankfein est à la tête d’une armée de 30.000 soldats défendant un empire gérant quasiment 1,000 milliards d’actifs en 2012. Après avoir foutu la merde en Grèce, masqué ses dettes pour mieux spéculer contre par la suite, la banque a aussi bien profité de la crise des subprimes. Goldman Sachs et son directeur Lloyd Blankfein, montrent encore une fois à quel point l’Impunité, cette salope, vend ses charmes aux puissants. Sûr que François Hollande peut mettre un visage sur le nom de cette catin.

8. ​Michael Diekmann – Allianz SE

Cynisme. Directeur d’Allianz depuis 2003, Michael Diekmann n’est pas un homme de l’ombre mais il préfère rester discret. En 2006 toutefois, il s’est retrouvé sous le feu de la critique outre-Rhin, annonçant parallèlement des profits record pour l’entreprise de plus de 4 milliards d’euros et le licenciement de 7,500 personnes. Dans l’Hexagone, Allianz a absorbé les Assurances générales françaises (AGF) en 2009.

Cumulard. Non-content de ses responsabilités chez Allianz, il est vice-président du Conseil de surveillance de BASF et de celui du gazier Linde. Un maroquin lui est aussi réservé au conseil de surveillance de Siemens. Il est enfin membre du B20, cet entre-soi de financiers et de ministres en tout genre, qui se réunit en marge du G20 pour d’incestueux débats. Sans compter ses autres participations et intéressements, Michael Diekmann a touché en tant que chef d’Allianz un peu plus de 4 millions d’euros en 2011.

Collabos. A l’aube de la Seconde Guerre mondiale, Allianz s’acoquine avec les Nazis et va même jusqu’à assurer des installations du IIIe Reich destinées au camp de concentration. Pendant les hostilités Allianz va multiplier ses produits, face aux nouveaux risques liés à la guerre.

9. ​Frédéric Oudéa – Société générale

Ascension. Passé par le lycée Louis-le-Grand à Paris, puis Polytechnique et l’Ena, Frédéric Oudéa a ensuite été inspecteur des finances. En 1993, lors du passage de Sarkozy au ministère du Budget et de la Com’, il butine au sein de son cabinet. Puis, après la défaite de Balladur et du clan Sarkozy en 1995, il cherche à se relancer dans le privé. Fort de son carnet d’adresse et de ses réseaux dans l’État, il est alors un gibier recherché. C’est finalement la Société générale qui remporte la battue. Il prend ses quartiers à Paris puis rejoint Londres et devient directeur financier en 2003. En 2008, grâce à l’affaire Kerviel, il est nommé directeur général puis P-DG en 2009. La même année, alors que la Société générale a été renflouée par l’État, il se voit accorder un bonus de 3,6 millions d’euros.

Pussy riot. Membre du Conseil économique de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe (CCIFR), il y côtoie Christophe de Margerie, le P-DG de Total, Riboud celui de Danone, ou encore Carlos Ghosn. La CCIFR est une force de lobbying et d’action indépendante qui représente et promeut les intérêts économiques de ses membres.

 Liturgie. Invité au forum économique de Libération en décembre dernier, Frédéric Oudéa y a été reçu gentiment. L’ennemi sans visage, du moins un de ces nombreux rejetons, fricote donc avec les hollandistes révolutionnaires… Intéressant…

10. ​​Samuel Robson Walton – Walton Enterprise LLC

Alimentation. A l’heure de la société de l’information et de la communication comme on dit pompeusement, la plus grande entreprise du monde… c’est Wal-Mart. Et Rob Walton, à sa tête depuis 1992 le sait bien… Les Hommes ont toujours besoin de s’alimenter… Mais quel rapport avec la finance ?

Cash-machine. Et bien les investissements du mastodonte de la grande distribution sont largement financés par Walton Enterprise LLC, une holding familiale aux avoirs estimés à 90 milliards de dollars – soit les fortunes de Bill Gates et Warren Buffet réunies. Financée à 45 % par les dividendes de Wal-Mart la holding fait le reste de ses affaires en bourse et génère 246 575 342 de dollars par jour. Soit 8 888 dollars la minute.

Modus Operandi. S’installer dans une ville et faire chuter les prix – Wal-Mart achetant en gros et s’implantant sur de grandes surfaces peut se le permettre. Les consommateurs, qui pensent avec leur portefeuille, désertent alors les concurrents, contraints à la longue, de fermer. Wal-Mart peut alors s’installer durablement et imposer ses conditions salariales, au rabais bien sûr. Modèle à suivre si l’on suit la logique néolibérale, Wal-Mart incarne à elle seule le processus de domination à l’œuvre et la violence sociale qui en résulte.

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